COMPLÉMENTARITÉ ENTRE LES GÉNÉRATIONS : DONS ET DÉFIS

 

Chaque génération est égale à elle-même. Elle contient dans son ADN les « roses et les épines » de son époque historique. Ce n'est qu'avec un grand idéal de vie que les générations peuvent s'ouvrir à la diversité, construire des relations harmonieuses et collaborer dans un environnement fraternel. Il faut pour cela surmonter chaque « acide » de notre ADN qui nous empêche de sortir de notre petit monde. Ces relations sont enrichissantes mais il faut être prudent car les défis peuvent être une peinture à couleurs fortes.

Malgré cela, je considère que chaque génération est un immense cadeau réciproque. Au fur et à mesure que les jeunes apprennent la responsabilité et le sérieux qu'exige la vie sociale et communautaire, les adultes apprennent la patience, une vertu importante pour la paternité ou la maternité d'un ou d'une adulte.

Nous, les jeunes, nous sommes comme un puzzle pour les adultes. Pour composer toutes les pièces, il faut énormément de patience et de passion au risque d’abandonner le jeu. Pour nous jeunes, les adultes sont comme les Saintes Écritures ; pour les connaître correctement, il faut d'abord découvrir le contexte et les circonstances dans lesquelles elles ont été écrites, sinon on risque d’en faire une interprétation erronée.

A mon avis, chaque valeur qu'un adulte transmet aux jeunes doit être fondée sur la pédagogie du grain de blé qui « s'il meurt, porte du fruit en abondance » (Jn 12, 24).

J'avoue que depuis mon arrivée à l'école des focolarini, j'ai été impressionné par la générosité et la proximité entre les générations.  Dans un monde où les jeunes et les adultes vivent séparés à des milliers d'années-lumière, vivre et témoigner de telles relations mérite d'être médité comme un don de Dieu. C'est vrai que nous sommes différents et, dans certaines situations, nous pensons et agissons différemment, mais nous croyons et nous voulons la même chose : le monde uni est le rêve que nous avons en commun.

R. est un jeune brésilien de vingt-trois ans qui a passé une année à l’école Gen. Il travaillait dans un bureau avec trois personnes d’une grande maturité tant dans la vie que dans le travail. La confiance de son responsable l’a mis tout de suite à l'aise. Il me racontait : « Je sentais la confiance de mon responsable dans ce que je faisais. Il me confiait de nombreux travaux et parfois je pensais de ne pas arriver à les réaliser mais j'ai pu, par contre, acquérir une nouvelle expérience professionnelle. Faire confiance à un jeune peut transformer sa peur et sa fragilité innocente, typique de son âge.

Son expérience ne se limite pas à recevoir. R. a offert quelques « roses » de son ADN. Il se sentait accueilli et écouté en profondeur par sa collègue de bureau : « Un jour, j'ai vu qu'elle triait les papiers que je mettais à la poubelle pour le tri différencié. Cela m'a impressionné ! Plus tard, je me suis rendu compte qu'elle avait des difficultés avec son téléphone portable et son ordinateur et je lui ai proposé de l'aider après le travail pour lui expliquer les nouvelles technologies ».

Un Hollandais de 61 ans travaille avec de nombreux jeunes de différents continents, cultures et structures mentales. Il donne confiance et espace à ces jeunes, après avoir lui-même surmonté ses propres catégories mentales et sa manière d'être. En effet, il est de nature timide et à voir son regard sérieux, on peut être intimidé et ce n'est pas spontané de l'approcher. Pourtant, comme en témoignent de nombreux jeunes qui ont travaillé avec lui, dans cet homme timide et sérieux se cache un grand cœur qui aime concrètement. En discutant avec lui, il nous a partagé ses défis : « C’est vrai, mes traits personnels peuvent éloigner les jeunes mais je cherche à me faire connaître et alors tout change. Oui, je suis timide et je dois continuellement surmonter ma timidité pour construire la relation avec eux ».  Il a ressenti aussi la douleur de l'échec mais à la fin, la joie est renée en lui. « J'avais l'impression d'avoir échoué avec un jeune. Chaque démarche et encouragement semblaient ne pas l’atteindre. Avant de quitter Montet, ce jeune a dit à tout le monde qu'il se sentait parfois comme un poussin, mais qu'à chaque fois qu'il s’éloignait et qu’il se perdait, il y avait quelqu'un qui allait le récupérer sans le juger. J'ai alors compris avec certitude qu'il se sentait lui aussi accueilli comme une personne unique et irremplaçable et la douleur en moi s’est envolée ».

Des expériences comme celle-ci et comme celles de nombreux hommes et femmes ici à Montet avec les jeunes étudiants rendent tangible la réciprocité entre les générations et démontrent comment ils peuvent ensemble relever les défis modernes.

J’applaudis très sincèrement. 

 

                                                                                                                                                       Miguel Tchicosseno